Technologie : Le CES 2014 l'a montré : les constructeurs sont déjà passés à l'après-Windows 8. Depuis sa sortie, l'OS de Microsoft piétine et provoque confusion et frustration chez nombre d'utilisateurs. L'éditeur de Redmond ne doit pas sous-estimer le chantier Windows 9 pour rebondir.

Les fabricants d'ordinateurs sont passés à l'après-Windows 8. Le fait que Microsoft se soit lancé sur le marché du matériel avec Surface a contribué au malaise autour de cet OS. Quoi qu'il en soit, l'éditeur de Redmond est soumis à forte pression pour redresser la barre avec Windows 9.

Il faut qu'il donne aux fabricants quelque chose de fédérateur et aux acheteurs une raison de remplacer leur ordinateur portable vieux de quatre ans qui tourne sous Windows 7. Les utilisateurs et les entreprises ont besoin d'un système qui leur procure des avantages tangibles.

Windows alterne entre succès et échecCe n'est pas le cas de Windows 8. Et si Windows 8.1 apporte un mieux, il n'est pas non plus la panacée. Les deux versions combinées atteignent tout juste 10 % de part de marché depuis les 18 mois que Windows 8 est lancé. Par comparaison, Windows 7 avait une part de marché d'environ 30 % à la même période de son histoire et a continué de croître jusqu'à représenter aujourd'hui près de 50 % de part de marché dans l'écosystème Windows.

Les inconditionnels de Windows diront que ce n'est pas une si grande surprise, étant donné que les six dernières versions de Windows ont alterné entre une version à succès plébiscitée par le public et une version ratée rejetée par ce même public. La preuve :

  • Windows 98 a été un succès.
  • Windows Millenium Edition (Me) a été un échec.
  • Windows XP a été un succès.
  • Windows Vista a été un échec.
  • Windows 7 a été un succès.
  • Windows 8 a été un échec.
  • Windows 9... ?

Si l'on suit donc ce raisonnement, Microsoft retrouvera naturellement la voie du succès avec Windows 9. Mais c'est loin d'être une certitude. Pour y parvenir, Microsoft devra probablement faire marche arrière sur ses méthodes pour imposer aux utilisateurs l'interface Metro, de la même manière qu'il a dû faire marche arrière sur l'informatique de confiance dans Vista, parce qu'elle générait tellement d'avertissements de sécurité que les utilisateurs avaient fini par les écarter en sélectionnant systématiquement "OK".

Dans les deux cas, Microsoft a surcompensé pour relever les défis majeurs auxquels Windows était confronté. Pour Vista, il s'agissait d'affronter les problèmes massifs de sécurité qui avaient conduit à ce que les versions antérieures de Windows deviennent la cible répétée de programmes malveillants et de virus notoires au début des années 2000. Pour Windows 8, il s'agissait de répondre à la menace des tablettes telles que l'iPad qui étaient en train de grignoter une partie du marché des PC.

Confusion et frustration des utilisateurs

Microsoft a déçu l'utilisateur lambda dans les deux cas en ne proposant pas une solution suffisamment simple à appréhender. Vista et Windows 8 ont tous deux engendré la confusion et la frustration chez de nombreux utilisateurs. Les départements informatiques s'en sont aperçu immédiatement, en conséquence de quoi les entreprises petites et grandes ont fait l'impasse sur ces versions.

Si Windows 8 dispose d'une petite légion de fans, les chiffres de l'adoption montrent que les utilisateurs lambda de Windows, tout comme les entreprises l'ont rejeté. Régulièrement, des lecteurs de ZDNet nous apportent leur propre témoignage en la matière.

Des consultants nous racontent qu'ils ont été extrêmement occupés au cours des 18 derniers mois, parce qu'un nombre incalculable de petites entreprises ont acheté des PC sous Windows 8 et leur ont demandé de venir installer Windows 7 par-dessus. Des responsables informatiques d'entreprises nous disent qu'ils ne prévoient en aucun cas d'installer Windows 8 sur les postes des employés, car il n'y a pas de valeur ajoutée pour un utilisateur lambda d'ordinateur portable ou de bureau.

Avec Windows 9, Microsoft doit se recentrer sur l'utilisateur standard

Des fans inconditionnels de Windows qui se sont empressés d'acheter une machine hybride telle que la Surface de Microsoft, le XPS 11 de Dell ou le Yoga de Lenovo nous expliquent qu'ils sont plus frustrés qu'emballés par l'expérience d'alternance entre les modes tablette et ordinateur.

L'un des dirigeants que nous avons rencontrés au CES cette année travaillait pour un partenaire d'un des géants des ordinateurs. Il nous a confié une histoire similaire : enthousiaste lors de l'achat d'une nouvelle machine hybride, il a admis que l'alternance entre les modes tablette et ordinateur portable était beaucoup moins intuitive que ce à quoi il s'attendait. Grosse déception. Maintenant, il se retrouve coincé avec sa machine.

Ces personnes sont des converties, déjà prédisposées à rester fidèles à l'écosystème Windows. Pourtant, trop d'entre elles ont du mal à y adhérer. Ce sont ces personnes que Microsoft doit satisfaire avec Windows 9.

En rationalisant, simplifiant et épurant Windows Vista pour le transformer en Windows 7, Microsoft a fait un travail remarquable. Il ne faut pas le sous-estimer. Il faut toutefois également y reconnaître un repli stratégique brillamment exécuté.

Ne plus imposer de nouveaux concepts d'interfaces inutiles

Dans Windows 9, Microsoft devra probablement opérer un nouveau repli. Il lui faudra se recentrer en partie sur les utilisateurs standards d'ordinateurs portables et de bureau qui restent le noyau de sa base d'utilisateurs. L'éditeur devra mettre l'accent sur ce qu'il peut faire pour leur permettre de travailler plus simplement, plus rapidement et en étant plus productifs. Cela impliquera probablement d'intégrer l'interaction tactile multipoint, les commandes gestuelles de la caméra et la reconnaissance vocale de manière intelligente.

En revanche, Microsoft doit le faire sans imposer aux utilisateurs de nouveaux concepts d'interface à des endroits où ils n'apportent pas forcément grand-chose et où ils ajoutent parfois même de la complexité.

C'est une tâche titanesque, plus encore que le tour de force que l'éditeur a réussi entre Vista et Windows 7, et c'était un revirement miraculeux. Il ne faut pas sous-estimer Microsoft, comme il ne faut pas non plus sous-estimer l'ampleur de la tâche.

Cet article est une traduction adaptée de "Windows 9: Can Microsoft pull off another miracle?" publié sur ZDNet.com.