Une pilule peut-elle améliorer la mémoire et la concentration, sans avoir d'effets délétères sur la santé à long terme ?

Le transhumanisme, symbolisé par le signe h+, prône l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques de l’humanité, pour en faire émerger une version « améliorée ». Cette « nouvelle version » de l’espèce humaine aura à sa disposition un arsenal de techniques innovantes, telles que les cellules souches, la robotique, des médicaments améliorant les capacités cognitives, qui permettraient de repousser les limites mentales et physiques de l’homme.

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L’idée d’augmenter les capacités cognitives en avalant un comprimé qui améliore l’attention, la mémoire et la capacité de planification n’est plus un fantasme des seuls adeptes du transhumanisme. L’intérêt croissant pour les stimulants cognitifs se manifeste par un grand nombre d’articles de journaux qui célèbrent l’arrivée de « médicaments intelligents », qualifiés de stimulants du cerveau, de neuropotentialisateurs, voire de « Viagra pour le cerveau ». Le cerveau augmenté est à l’ordre du jour. Aujourd’hui déjà, des étudiants absorbent des stimulants quand ils veulent réviser toute la nuit. C’est le cas de ceux qui doivent impérativement rendre un projet, ou qui sont submergés de travail. Ils utilisent du modafinil, assurant que cette substance renforce leur état de vigilance, comme le ferait un double expresso serré, mais qu’elle leur permet aussi de se focaliser sur des cours difficiles et de les mémoriser.

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Peut-on agir sur les fonctions cognitives ?

Aujourd’hui, les scientifiques recherchent les bases moléculaires de la cognition, et tentent de concevoir des médicaments qui pourraient soulager les personnes souffrant de démences. Peut-on imaginer qu’un jour, un médicament efficace contre la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson sera prescrit à des personnes âgées ne présentant pas les symptômes de ces maladies, mais seulement pour prévenir l’apparition de la maladie ou renforcer leurs capacités cognitives ? Les pilules capables d’améliorer les capacités cognitives seront-elles un jour disponibles pour tout le monde ?

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L’utilisation de substances qui potentialisent les capacités cognitives soulève de nombreuses questions éthiques. Est-ce acceptable que des étudiants utilisent des substances dopantes ? Un employeur peut-il tolérer que ses salariés en consomment pour respecter les échéances de production imposées par l’entreprise ? Et d’abord, de telles substances visant à « booster » le cerveau sont-elles réellement efficaces ? Les médicaments visant à lutter contre les troubles de l’attention ou la somnolence excessive permettent-ils vraiment à un étudiant de mieux réussir un examen ou à un dirigeant de répondre parfaitement aux questions posées lors d’un comité de direction ? Un médicament qui agit sur les fonctions cérébrales sera-t-il jamais suffisamment sûr pour être en vente libre ? Neuroscientifiques, médecins et spécialistes de l’éthique débattent de toutes ces questions.

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En France, les données concernant la consommation de stimulants du cerveau sont rares. En revanche, aux États-Unis, on connaît la demande de stimulants normalement prescrits dans le cadre de pathologies telles que les troubles de l’hyperactivité avec déficit de l’attention : selon des données collectées en 2007, plus de 1,6 million d’Américains ont utilisé des stimulants pour le cerveau prescrits pour des raisons non médicales au cours de l’année qui a précédé l’enquête.

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Il s’agissait du méthylphénidate (Ritaline), d’amphétamine (Adderall), du modafinil ou de bêtabloquants. Sur certains campus, un quart des étudiants a reconnu utiliser ces substances. Et une enquête en ligne réalisée par la revue Nature en 2008 a révélé que 20 pour cent des 1 427 personnes originaires de 60 pays ayant répondu au questionnaire disaient avoir consommé du méthylphénidate, du modafinil ou des bêtabloquants (contre le trac, dans ce dernier cas). Globalement, le besoin d’améliorer la concentration était la raison le plus souvent invo­quée. Tous les utilisateurs cherchaient à améliorer leur concentration. Ils avaient obtenu ces médicaments via Internet ou par des médecins qui leur prescrivent des médicaments autorisés pour une autre indication.

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Ces psychostimulants sont-ils plus efficaces que des placebos ? Augmentent-ils effectivement l’attention, la mémoire ou les fonctions exécutives, telles que la planification et le raisonnement abstrait ? La neuroéthique est une nouvelle discipline qui tente de répondre aux questions soulevées par l’utilisation de psychostimulants ou d’implants cérébraux pour renforcer les facultés cognitives.