Des patients ont amélioré leur capacité d'apprentissage grâce à cette technique, ouvrant notamment la voie à de nouveaux traitements pour les malades d'Alzheimer.

On pourra peut-être bientôt améliorer ses capacités d'apprentissage grâce à des électrodes implantées dans le cerveau. L'idée n'est pas aussi saugrenue qu'elle y paraît, à en croire les travaux très sérieux de neurologues américains publiés dans le New England Journal of Medicine . Ces chercheurs viennent en effet de réussir à doper la mémoire de sept personnes en stimulant une zone précise de leur cerveau à l'aide d'électrodes implantées. Ce concept n'est pas totalement nouveau, mais ces résultats sont très encourageants.

http://sante.lefigaro.fr/sites/default/files/media/field_media_image/9a4114ee-5331-11e1-afe4-76f0092d4e50-493x328.jpgDès 2003, un patient obèse soumis à des stimulations cérébrales, afin de tenter de faire taire son appétit insatiable, décrit une formidable recrudescence de vieux souvenirs et une meilleure capacité d'apprentissage. Ses médecins, des neurologues canadiens, travaillaient alors sur l'hypothalamus. Ils décident alors de lancer des essais chez des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Ils repèrent les zones lésées dans le cerveau de six patients et implantent des électrodes et un générateur interne qui stimule régulièrement certaines zones cérébrales ciblées, en particulier l'hippocampe, impliqué dans la mémoire et l'orientation.

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Un espoir pour les malades d'Alzheimer

Au bout d'un an, les auteurs constatent une amélioration possible ou une réduction du déclin des fonctions cognitives pour certains patients. Des travaux chez le rat permettent d'observer qu'un mauvais ciblage des zones stimulées peut à l'inverse entraîner des altérations cognitives. L'idée est donc intéressante, mais reste à découvrir la bonne cible.

L'équipe californienne, qui vient de publier ses travaux dans le New England Journal of Medicine ouvre une nouvelle étape en montrant que cette stimulation cérébrale peut aussi améliorer les processus de mémorisation y compris en l'absence de démence. Les chercheurs ont travaillé avec sept personnes atteintes d'épilepsie. Celles-ci étaient équipées d'électrodes situées dans l'hippocampe et/ou le cortex entorhinal, afin de comprendre l'origine de leurs crises convulsives. Ce cortex est impliqué dans le processus de mémorisation et connecté à l'hippocampe. Il s'agit donc en quelque sorte d'une porte d'accès à l'unité centrale de la mémoire.

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Afin de tester l'impact d'une stimulation de ces zones, les chercheurs ont proposé à ces patients un jeu vidéo simulant des déplacements virtuels dans une ville avec des points de rendez-vous. Pendant que les patients se déplacent dans les rues, ils reçoivent des décharges électriques de très basse intensité, imperceptibles via les électrodes à certains moments du jeu. Au terme de l'exercice, ils sont invités à rejouer. C'est alors que les auteurs montrent que les déplacements sont plus rapides et plus faciles pendant les phases où les patients ont été stimulés. Ils sont même capables de trouver des raccourcis montrant une amélioration de leur mémoire spatiale. Ces progrès sont perceptibles seulement en cas de stimulation du cortex entorhinal et n'ont pas été retrouvés avec l'hippocampe. «Il s'agit de résultats intéressants, indique le Pr Bruno Dubois, directeur de l'Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer à Paris.Ils précisent les structures impliquées dans l'acquisition de la mémoire et montrent que la stimulation pendant l'apprentissage favorise l'encodage de l'information c'est-à-dire son entrée dans le cerveau.»

Pour les auteurs, ces données, bien que très préliminaires et reposant sur un faible nombre de patients, ouvrent la voie à de nouvelles solutions contre les troubles mnésiques. Elles suggèrent notamment que pour doper la mémoire, il faut privilégier la stimulation pendant les apprentissages et non de façon continue. Ces travaux pourraient être utiles notamment chez les patients débutant une maladie d'Alzheimer. Celle-ci apparaît en général au niveau du cortex entorhinal puis progresse lentement vers d'autres zones du cerveau. Stimuler cette région avant la dégénérescence des neurones permettrait probablement de ralentir l'évolution de la maladie.