Modulaires, durables, adaptés aux besoins des utilisateurs, les smartphones conçus par le projet Ara pourraient bousculer les habitudes des utilisateurs et de l’industrie. Notamment en permettant de créer un point d’entrée à tout petit prix.

Quand il a vendu Motorola à Lenovo pour près de trois milliards de dollars, Google a bien pris soin de garder de côté le projet ARA, destiné à mettre au point un téléphone modulable dont on peut changer les composants par bloc, à l’envi.
Désormais au sein de Google, le projet Ara est « conçu exclusivement pour six milliards de personnes ». Boutade évidente qui dit bien l’ambition derrière ce smartphone hautement personnalisable et durable. Paul Eremenko, qui dirigeait le projet chez Motorola et est toujours à sa tête chez Google, déclarait ainsi récemment lors d’une conférence, « il y a un milliard d’utilisateurs de smartphones aujourd’hui et cinq milliards d’utilisateurs de téléphones classiques. Cela fait parti des objectifs de Google apporter Internet, en l’occurrence l’Internet mobile, à ces cinq milliards d’utilisateurs ».

Armatures modulaires

Lors de cette même conférence, Paul Eremenko a présenté un prétotype, soit un prototype non opérationnel, du téléphone Ara. La présentation a été filmée et on y voit en détails ce que les ingénieurs de Google appellent l’endosquelette, la structure qui sert à accueillir les différents blocs et les connecte tous entre eux. Il existe trois tailles d’endosquelette, chacun intégrant une petite batterie, qui sert de réserve d’énergie quand les batteries sont épuisées. Le premier endosquelette est « mini », d’une taille inférieure à celle d’un iPhone actuel. Il existe un modèle de taille moyenne, entre 4 et 5 pouces, plus proche des modèles habituels de smartphones Android, et enfin un châssis phablet, environ un tiers plus large que le modèle medium.

Les modules, qui existent eux aussi en trois tailles (1x1 ; 2x1 ou 2x2), sont compatibles avec ces trois tailles d’endosquelette. Chaque module correspond à une fonction, à un composant : processeur, batterie, stockage, appareil photo, etc. Chacun de ces éléments coulisse en position, dans un emplacement à sa taille, et est maintenu par un petit électro-aimant passif contre la structure métallique qui sert de colonne vertébrale à l’ensemble. Même l’écran est changeable facilement, d’un bloc. Il est important de préciser qu’il est possible de changer les modules à chaud, sans éteindre l’appareil – même s’il s’agit de la batterie.

Objectifs multiples

L’objectif de cette approche modulaire est multiple. Améliorer la durabilité de l’appareil, puisqu’il sera possible de ne changer qu’une partie, qu’un module. Evidemment l’autre aspect est la personnalisation à l’extrême qu’elle soit esthétique ou fonctionnelle.
Pour le directeur du projet, l’approche dans la conception de son smartphone sera similaire à l’utilisation des kiosques de téléchargement. Chaque utilisateur choisira les modules qu’il souhaite, comme on télécharge les applications en fonction de ses besoins ou de ses goûts. Chacun pourra faire ainsi évoluer son appareil en fonction « de l’obsolescence des modules indépendamment les uns des autres, en fonction de leur rythme de vie naturel », expliquait l’ancien salarié de Motorola.
A l’extrême, il sera ainsi possible de créer un téléphone qui ne soit que Wi-Fi avec plusieurs modules de batterie pour une autonomie imbattable.
Il existe trois tailles de châssis, ici, le modèle "mini".
Le prix aussi pourrait être imbattable. Paul Eremenko indiquait qu’un « grey phone », qui n’inclurait qu’un écran, un processeur d’entrée de gamme, assez puissant pour faire tourner Android malgré tout, un module Wi-Fi et une batterie, pourrait ne coûter que 50 dollars. La base de l’endosquelette à elle seule coûterait environ 15 dollars.

Comme Android mais pour le matériel

Comme l’indiquait Paul Eremenko lors de cette interview le projet Ara modifiera également en profondeur la façon l’écosystème matériel des smartphones, en encourageant les fabricants à créer leurs propres modules.
« Pensez à Ara comme vous pensez à Android, mais au niveau du matériel », expliquait le responsable de son projet. Comme pour souligner la similitude, il indiquait qu’outre le fait que Google possède la structure endosquelettique, le groupe veillera à « maintenir une cohésion, à éviter la fragmentation ». Cet effort passera par la création d’un modules marketplace, que Google contrôlera afin d’éviter les problèmes de stabilité induit par des composants défectueux ou mal conçus, par exemple. Pour autant, il sera possible d’acheter des modules ailleurs que sur le store officiel. On imagine alors les pires scénarios en termes de sécurité, notamment.
Par ailleurs, Paul Eremenko précise que la seule contrainte qu’impose Google est le respect des « tailles » de modules 1x1, 2x1 et 2x2 et également le suivi des consignes fournies avec le Module Developers Kit, qui devrait être mis à disposition gratuitement d’ici environ un mois puisque le projet est « libre et ouvert ».
Les concepteurs du projet Ara ont également l’impression 3D en tête. Aussi bien pour la réalisation de coques en plastiques, pour les différents modules, que pour des éléments opérationnels, comme les antennes pour les modules Wi-Fi, par exemple.
Au sein de l'équipe du projet Ara, on aime les blagues et James Bond. Un module explosif ?

Le projet Ara en marche…

Une conférence pour les développeurs dédiée au projet Ara sera organisée les 15 et 16 avril prochain au musée de l’histoire de l’informatique de Mountain View. Les places physiques seront limitées mais devraient permettre aux développeurs d’accéder aux premiers prototypes. Elle sera également accessible en ligne, avec des sessions de questions/réponses interactives. Deux autres conférences devraient être tenues au cours de l’année 2014.


Le projet Ara avance et devrait d’ailleurs bientôt ne plus être un simple projet. Paul Eremenko indique en effet que l’année prochaine, à la même période, les premiers téléphones Ara devraient déjà être disponibles.